jean paul dientsLE SERVICE CIVIL
Réflexions sur un thème d'actualité
par Jean-Paul DIENST

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DU SERVICE MILITAIRE AU SERVICE CIVIL.
NON!.. OUI!... MAIS LEQUEL?

Plusieurs débats radiophoniques ont eu lieu cette dernière semaine de janvier à propos du projet gouvernemental de faire revivre le Service Militaire et/ou de généraliser le Service Civil.

De vives protestations se sont développées, relayées par les animateurs de radio eux-mêmes.

Objections les plus couramment exprimées:

  • Je suis étudiant en 3ème année de médecine; je devrai tout interrompre pour effectuer mon service durant 6 ou 9 mois?
  • J'ai un enfant d'un an; je suis mère célibataire; je n'ai pas les moyens de le faire garder; pourrais-je l'emmener avec moi durant mon service?
  • Je me suis marié il y a trois ans; nous venons de contracter un emprunt: c'est l'Etat qui va rembourser mes mensualités d'emprunt ...?
  • Ma vieille maman n'a pas les moyens d'aller en maison de retraite: elle compte sur moi pour l'aider quasi quotidiennement: qui va s'en occuper à ma place?
  • J'ai un enfant qui ne peut être scolarisé: c'est moi qui m'en occupe à domicile; j'ai dû arrêter de travailler pour lui, mon mari ayant accepté une fonction l'obligeant à s'absenter 6 jours sur 7 en contrepartie d'une meilleure rémunération; ce n'est pas pour autant que nous pouvons nous permettre de prendre une aide à temps plein pour mon enfant...Que va-il devenir en mon absence?
  • Je viens d'ouvrir un restaurant m'endettant pour 15 ans et, surtout, j'ai du embaucher: que vais-je faire de mon personnel ?...

Voilà un échantillon des inquiétudes soulevées à l'écoute de ce projet.
Elles sont toutes motivées et présentent, avec leur spécificité, une étude de cas, au cas par cas, exigeant de nécessaires mises au point.

D'abord, doit-on privilégier le Service Militaire plus que le Service Civil ?
Ou inversement ...?
Quelle est la motivation de ce projet ?

Il est évident que, même si l'idée couvait dans les salons ou les chaumières, la Société française d'aujourd'hui est désemparée en face de, nommons les sans détours, des exactions de nos jeunes adultes, voire depuis une ou deux décennies, les dégradations et agressions de nos adolescents, même de pré-ados..

La constatation de ce "phénomène" a donc donné naissance à l'idée consistant à remettre en place le Service militaire supprimé par Jacques Chirac pour des raisons d'économie budgétaire...
La crise découverte en 2008, mais sous-jacente depuis plus longtemps, a eu pour conséquence de démultiplier les actes de délinquance.

Un ou deux parents au chômage, les restrictions familiales s'ajoutant à un environnement déplaisant, une cohabitation en surnombre, une absence de loisirs, des retards scolaires accumulés, une méfiance exacerbée vis-à-vis d'une population devenue agressive....
Et surtout un horizon très noir puisque "l'autre" population était, elle aussi, de plus en plus touchée par l'accumulation de petits boulots, boulots de plus en plus mal rétribués et précaires, le CDD étant un pis allé en face du CDI.
Donc, l'exemple parental n'est plus là pour servir de référence, de modèle, afin de montrer et de démontrer la marche à suivre pour "grandir" dans notre démocratie, démocratie où la débrouille est devenue le leitmotiv absolu.
Le respect perdu, les parents "démissionnent", lâchent les rênes.
La jeune génération ne connaît plus de contraintes et devient asociale.

Après ce bref compte-rendu psychosociologique se pose l'opportunité de remédier à cet état de fait. Et comment.
L'Etat doit-il et peut-il intervenir sur cette génération que l'on dit "sacrifiée"..?
La population, à travers ses impôts, est-elle prête à faire, de nouveau, quelque sacrifice...? Car il est bien évident que ces services, militaires ou civils, qu'ils deviennent obligatoires ou basés sur un volontariat, auront un coût.

Les casernes, abris désignés pour ces services, abandonnées ou détruites depuis des décennies, devront être réhabilitées, remises aux normes, équipées...
En amont, il faut former un personnel adéquat, mi-éducateur mi-enseignant, voire "militaire psychologue".
Combien d'années avant que cela ne soit opérationnel ?
Années à ajouter au temps nécessaire aux décisions...
Il faut donc, sur le principe de la nécessité, se décider très vite, avec un plan de mise en œuvre en corrélation avec les besoins, besoins à répartir sur le territoire.

Maintenant, reprenons notre réflexion.
Sommes-nous en guerre ? Oui, contre le terrorisme international.
De ce fait, nous avons besoin d'une armée de métier.
Celle que nous avons suffit-elle à nos besoins ? Oui ou non, il est aisé de produire un recrutement au coup par coup selon nos besoins d'intervention.
En conséquence, nous n'avons pas un besoin absolu de réactiver un service militaire obligatoire. Par ailleurs, ce service a un coût disproportionné comparé au service civil.
De plus le maniement des armes doit être réservé à une catégorie de personnes ayant un bagage psychologique équilibré.

Le Service Civil semble être plus approprié puisque répondant de manière fondamentale aux critères d'éducation, d'intégration sociale et de complémentarité scolaire.
A condition que l'hébergement soit collectif, quasiment identique à l'hébergement militaire. En effet, les règles établies doivent être suivies à la lettre sous peine de blâme, punition, privation..., et seront les garants d'un "redressement" (le terme est approprié pour des caractères asociaux), redressement psychologique instituant le respect de l'autre, quel que soit son âge, sa condition, sa couleur de peau ou sa religion.

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LE SERVICE CIVIL
DESTINE A QUI ? SUR LA BASE DU VOLONTARIAT OU OBLIGATOIRE?

Donc le service civil serait la meilleure réponse à l'amélioration de la socialisation d'une partie de notre jeunesse.

Jeunesse qui, pour rappel, se trouve plus ou moins en échec scolaire, en désintéressement d'un acquis culturel polyvalent.
Jeunesse pour laquelle le principal objectif est de se pourvoir en biens de consommation dont elle est privée du fait de sa condition familiale.
Mais pas que...
L'absence, le manque, de moralité (et d'amour) prodiguée par leurs aînés (père, mère, "grand frère", grands parents..) produit chez cette jeunesse une absence d'idéal.
Ces jeunes deviennent très influençables.
Pas d'interdits, pas d'apprentissages des frustrations, auxquels s'ajoute une mauvaise connaissance des codes sociaux et sociétaux, une graduation non maîtrisée dans l'agressivité, une absence de reconnaissance de l'autorité si ce n'est celle exercée par le leader de la bande dans laquelle ils sont incorporés.
La déshérence, le manque de repères fondamentaux, en font des électrons libres, libres de prendre ce qu'ils n'ont pas; c'est-à-dire, en fait, la reconnaissance de ce qu'ils voudraient être au fond d'eux-mêmes = Faire partie de cette Société qui les ignorent, qui les rejettent parce que trop différents, et surtout parce qu'ils ont rejeté ce qu'elle pouvait leur offrir: le bon comme le mauvais.
Ce n'est en fait qu'une simple recherche de construction d'identité.

Alors cette Société les exclu encore davantage en les emprisonnant en fonction des fautes produites.
Remédier au plus pressé semble pour elle être la réponse appropriée....
C'était sans prendre en compte la promiscuité, le relationnel mettant en place un rapport dominant/ dominé très fort, brutal pour ne pas dire bestial.
La prison protège un temps notre Société des "faiseurs de troubles" et des transgresseurs de nos Lois...
Qu'en est-il de ceux qui en sortent, "rééduqués" durant parfois plusieurs années par les "Gros Durs", les récidivistes, et les meneurs du jeu carcéral que les arbitres en sous effectifs ne maîtrisent plus suffisamment...?
La Société, étonnée de retrouver dans ses espaces publics le menu fretin d'hier devenu des acteurs du banditisme, crie à l'incompétence de l'Etat protecteur.
Et d'ajouter que ses impôts sont gaspillés, investis en pure perte...

Les dégradations (véhicules incendiés, dégradations des bâtiments publics, vols à la personne ou chez les commerçants, vols de vélos, motos, voitures...) évoluent parfois vers des viols, des vengeances par blessure à l'arme blanche, vers des attaques de bijouteries voire de banques ou de fourgons blindés avec ou sans otages... et avec meurtres et bavures.

D'où:
Investissements de nos forces de police en demande constante de moyens matériels et humains.
Investissement de l'ensemble de la magistrature qui croule sous les dossiers et qui peine à "régler ces cas" en moins d'un an si ce n'est trois.
Création de cellules psychologiques pour "réparer" les désordres psy de plus en plus nombreux causés aux victimes.
Investissement en moyens de défenses du particulier, moyens exigés par les Compagnies d'assurances qui n'oublient pas d'augmenter leur prime.
Etc., etc...

On voit petit à petit que le Service Militaire avait une certaine utilité... Mélanger nos jeunes afin qu'ils prennent conscience de leurs différences et de les accepter!
Et de compléter leur éducation, leur instruction si besoin était.
Donc les économies produites par la suppression du Service Militaire pour raison budgétaire, était un mauvais calcul...
Était-il la seule ou la meilleure réponse face à une certaine jeunesse?
C'est une autre question.

Aujourd'hui, avec le recul suffisant, l'analyse des besoins et des outils à utiliser, la substitution du Service Civil au Service Militaire semble être une évidence.
Mais, afin de ne pas réagir globalement à la "demande", c'est-à-dire trouver et acter des solutions pour quelques 600 000 jeunes (+ ou -), n'y a t' il pas une action à envisager avant ou en même temps ?

Il y a cinq ans et quatre mois, en face d'un Conseil Départemental, je faisais mention de la nécessité de mettre en place, par les Mairies des villes de plus de 100 000 habitants, une Ecole des Parents.
Programme libre où, sur un planning d'une vingtaine d'heures/ mois, les parents pourraient perfectionner leur fondamentaux, ce qui leur permettrait de "suivre" mieux leurs enfants en primaire.
Et de mêler à ses fondamentaux "scolaires", tout autant inclus dans leur rôle de parents, les fondamentaux que constituent les codes sociétaux contenus dans le respect, la citoyenneté, la moralité, l'apprentissage de la pluralité des religions, avec leur différence et la compréhension des différentes manières de croire ou d'accéder à la pensée mystique. (La laïcité trouve très bien sa place dans un positionnement philosophique où la morale se substitue à la religion).
Nos parents, pour beaucoup d'entre-nous, ont su nous transmettre les usages. Ceux-ci, mis au goût du jour, font partie de cette incorporation dans la Société. Il est bon qu'en amont les parents puissent maintenir leur autorité à travers eux, et donc qu'ils puissent en mesurer toute l'importance.
N'est-ce pas aux parents, dans leur premier devoir, de transmettre ce qu'ils savent, au mépris de l'envie naturelle qu'ils ont, de satisfaire les envies de leur progéniture ?
Respect, empathie, sollicitude... oui. Permissivité, non.
Les parents doivent donc apprendre en premier lieu.
Afin de pouvoir transmettre
Leurs enfants ont besoin du rapport de transmission des savoirs.
Savoir faire pour faire savoir.
Ayant résumé "l'idée de l'Ecole des Parents", je pense que parallèlement à la mise en place du Service National Civil, la mise en place d'une Ecole des Parents, ouverte à toute la population, est nécessaire et complémentaire au Service National Civil -SNC.

Reste à étudier une priorité:
le SNC doit-il être librement consenti, être obligatoire ou être offert à tous ceux qui seraient intéressés par cet encadrement ?
On peut comprendre que ces différentes possibilités d'accès peuvent coexister et être appropriées aux différents cas "à traiter" suivant qu'ils proviennent de la cellule familiale, scolaire, ou qu'ils relèvent de l'appareil judiciaire.
On peut aussi envisager un SNC minimum de 6 mois avec extension de 3 à 6 mois. Seuls les cas de SNC volontaires seraient rémunérés selon un barème de services rendus pendant la durée du service.
Doit-il être accessible aux filles/femmes autant qu'aux garçons/hommes? Oui, sûrement vu la 'féminisation" de la délinquance.
Il apparaît "normal" de créer des centres d'hébergement, munis d'un confort approprié, spécifique pour la gens féminine,
Ayant été en contact (je suis moi-même un ex-formateur) avec les AFPA, il serait opportun d'établir une relation suivie avec ces organismes qui allient des capacités manuelles aux capacités intellectuelles. L'ensemble est très valorisant. Cette relation est immédiatement possible à établir.
Il reste à établir pour qui le SNC va être destiné, dans quels cas, sous quelle juridiction, financé par quel type de deniers publics...
L'enrôlement volontaire bénéficiera-t-il de conditions spéciales ? Sera-t-il rémunéré? Quelques réponses restent à venir dans un "Mieux vivre ensemble", tout au moins dans quelques uns un de ces aspects.

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LE SNC OBLIGATOIRE (SNCO)
JUGEMENT RENDU PAR UN TRIBUNAL POUR ENFANT.
...Une délocalisation (après une orientation précédée d'une série de tests physiques, manuels, intellectuels et psychiques), afin de rompre avec un environnement qui a été générateur "de mauvaise conduite..."

Les bénéficiaires de ce nouveau dispositif doivent profiter en priorité à la jeunesse la moins âgée. Ces derniers seront théoriquement plus faciles à "remodeler", à socialiser.
Les récidivistes dans cette tranche d'âge -10/ 12 ans- (ils sont nombreux) ne doivent pas, dans la mesure du possible, être mélangés avec les "primo accédants".
Par ailleurs, la catégorisation par tranche d'âge doit être la plus souple possible, vu l'évolution très différenciée de la maturité des adolescents en général, et des personnalités dites "caractérielles" en particulier.
On peut déduire de ce SNC par tranche d'âge qu'il comportera des règlements graduellement plus sévères suivant un âge grandissant, avec des tâches à accomplir en conformité avec leur maturité quels que soient les domaines de cette maturité.

Les Unités de Vie du SNCO ne sont pas des prisons.
Tout comme les centres d'accueil actuels, conçus afin de récupérer des jeunes asociaux (actuellement, généralement des 16-18 ans), l'encadrement s'effectue avec des Educateurs Spécialisés.
Il faut recueillir des vocations et former les éducateurs de demain.
Et vite.
Dans un premier temps, leur recrutement devrait pouvoir s'élaborer à partir des éducateurs existants –ayant une expérience de 5 ans-; le parrainage de nouveaux éducateurs formés sur le tas par leur collègues en place permettrait de grossir, année après année, l'ensemble du Corps d'Educateurs Spécialisés.

Les Unités de Vie ( UV ) pour être fiables, ne peuvent dépasser 50 à 60 pensionnaires avec 5 à 6 "encadrants", en plus d'un personnel administratif et de maintenance du lieu d'hébergement.
Au-delà d'une cinquantaine, le regroupement peut créer problème à une organisation unitaire sensée remplacer une cellule familiale dans son autorité certes, mais aussi dans un accompagnement sensible, où compréhension, respect et confiance sont les valeurs à acquérir, à partager et à développer.
Il est souhaitable également que les "candidats" soient issus d'environnements divers. Diversité par l'origine familiale, sociale et culturelle, ce par tranche d'âge.
Le brassage connu sous le "régime" du Service Militaire obligatoire sera alors reconstitué. Je ne redémontre pas la nécessité de ce brassage évoqué au début de cet essai.

N'étant pas éducateur spécialisé, je laisse à ces derniers le dosage et l'à-propos des sanctions en cas de défaillance, et des "récompenses" en cas de victoire sur soi-même...

La plus forte des récompenses reste le constat fait de ce surpassement de soi, d'avoir réussi l'acquisition d'une valeur, voire d'avoir réussi sa maîtrise; si cette notion est reconnue, la victoire appartient bien au bénéficiaire mais aussi pour une grande part à l'éducateur.
Lequel fait de sa mission une véritable vocation citoyenne.

Le but des SNCO étant d'essayer de sauver un pourcentage maximum de notre jeunesse et d'en faire des adultes responsables, membres à part entière de notre Société française de demain... il me parait opportun de rémunérer en conséquence ceux et celles qui en auront la charge.
La rémunération des éducateurs, si elle doit être attractive, doit être aussi méritée.
Sachant qu'aucune autorité ni organisme ne se lancera dans une estimation par individu du coût qu'il représente pour les contribuables, (dommages, traitement policier, emprisonnement provisoire, examens cliniques, traitement judiciaire et jugement, prise en charge pénitentiaire, prise charge éventuelle des dommages par la Compagnie d'assurance, impact psychologique des victimes et son traitement par le personnel de santé, prise en charge Sécurité Sociale...), il n'est plus à démontrer qu'une réelle économie sera produite par la mise place de ces SNC.
Bien sur, la qualification des encadrant demande un examen préalable à la fois psychosociologique et culturel, du niveau d'un B.T.S.; examen assuré à la fois par des professeur de Grandes Ecoles, des médecins spécialisés et des chefs d'entreprises. Ces trois spécificités de notre Société réunies permettront de transmettre et d'analyser les capacités des candidats à ce métier en plein essor.
C'est en effet un métier d'avenir pour les Sociétés des pays européens en mal d'équilibre, et pour des nombreux pays dont les gouvernants veulent reprendre en main leur jeunesse en déshérence.
La France possède là une primeur, celle qu'elle a jadis mise en place (l'école gratuite pour tous).
La répartition des UV sur le territoire devrait se faire suivant la répartition de la population sur le sol français, et inversement proportionnel à sa densité; 60% d'UV en zone rurale, 40% d'UV proche des villes de plus de 100 000 hab. La démarche principale reste le mixage des jeunes hébergés.

La gestion des UV est assurée par la Région avec un budget spécifique issu des Ministère de la Justice et de l'Intérieur pour le SNC obligatoire.
La présence à l'école n'étant plus effective, il parait normal que les instances responsables des Ecoles primaires, des Collèges et des Lycées , respectivement suivant les cas, soient participantes aux frais engagés dans la rééducation du jeune pris en charge. Tout comme, les allocations familiales et primes (rentrée...) obtenues par les parents du délinquant, allocations qui seront reversées à l'établissement adéquat (UV).
Et pourquoi pas un pourcentage de l'APL ?
La nécessité de faire prendre conscience aux parents qu'ils sont les premiers responsables de leur progéniture, réclame un acte aux significations fortes émanant des Pouvoirs Publics. D'où une intervention sur leur budget familial correspondant un peu au remplacement de l'éducation déficiente parentale de leur enfant.
Après tout, pourquoi la collectivité prendrait en charge une carence qui n'est pas de son fait?

Publié le  27/02/2015 par Jean-Paul DIENST
Le Blog Centriste

congres_villepinte_bayrouL'UDF, LE PARADIS PERDU DES CENTRISTES ?

L’UDF (Union pour la Démocratie Française) a joué un rôle de premier plan dans la vie politique hexagonale pendant une vingtaine d’années, de 1978 (date de sa création) à la fin des années 90.

Aujourd’hui, beaucoup de centristes nostalgiques de l’UDF regardent cette période comme une sorte d’âge d’or. Il faut en effet rappeler que dans les années 80, l’UDF était la troisième force politique du pays derrière le RPR et le Parti Socialiste. En 1993, l’UDF comptait 215 députés (soit 37% des sièges). Et de 1992 à 1998, le Sénat fut présidé par une personnalité de l’UDF: René Monory. L’UDF fut également un grand pourvoyeur d’élus locaux, de ministres et de secrétaires d’Etat; de 1988 à 1991, elle a même fourni quelques « ministres d’ouverture » aux gouvernements socialistes, comme Jean-Pierre Soisson, qui fut Ministre du Travail dans le gouvernement Rocard. Pourtant, l’UDF n’était pas cet « eldorado centriste » que l’on imagine parfois.

PARTI CENTRISTE OU AUBERGE ESPAGNOLE ?
A l’origine, l’UDF n’avait pas vocation à devenir un parti centriste. Lorsque Michel Poniatowski fonda l’UDF en 1978, il voulait réunir au sein d’une même confédération toutes les forces politiques du centre et de la droite non gaulliste pour soutenir l’action du président Valéry Giscard d’Estaing. L’ambition des fondateurs de l’UDF était de créer un grand parti de centre-droit, moderne, libéral et pro-européen, à la fois partenaire et concurrent du RPR. Dans les faits, l’UDF était une sorte d’auberge espagnole où cohabitaient des traditions politiques différentes: les radicaux valoisiens, les sociaux-démocrates du MDS, les démocrates-chrétiens du CDS, et les libéraux du Parti Républicain. L’UDF n’était donc pas un parti unifié: il s’agissait plutôt d’un cartel politique dont chaque parti-membre conservait ses structures et son identité. Dans les années 80, le Parti Républicain se convertit aux thèses néolibérales sous l’impulsion d’une nouvelle génération de responsables politiques fascinés par la « révolution conservatrice » de Reagan et Thatcher: c’était l’époque de François Léotard, Alain Madelin et Gérard Longuet, ceux que l’on appelait alors la « bande à Léo ». La « droitisation » du Parti Républicain remit en question la cohérence idéologique de la confédération et créa des tensions que Valéry Giscard d’Estaing, élu président de l’UDF en 1988, eut beaucoup de mal à juguler.

LA NOUVELLE UDF DE BAYROU
Dans les années 90, plusieurs élections divisèrent profondément l’UDF. Lors de la présidentielle de 1995, une partie de l’UDF décida de soutenir la candidature d’Edouard Balladur tandis que l’autre partie soutenait celle de Jacques Chirac. Les régionales de 1998 firent littéralement éclater le parti: en effet, François Bayrou condamna fermement les alliances avec le Front National, s’opposant ainsi à Alain Madelin et au Parti Républicain. La ligne défendue par Bayrou l’emporta: le Parti Républicain de Madelin décida donc de quitter l’UDF pour devenir un parti indépendant rebaptisé « Démocratie Libérale ». Après le départ du Parti Républicain, François Bayrou fut élu président de l’UDF. Il tenta de refonder l’UDF pour en faire un parti unifié, dont l’identité serait désormais clairement celle d’un parti centriste: c’est la « Nouvelle UDF ». L’ambition de Bayrou était alors de constituer un pôle centriste totalement indépendant de la droite, mais certains membres de l’UDF, comme les radicaux valoisiens, contestèrent cette ligne politique et prirent leur distance avec le nouveau président du parti. A l’élection présidentielle de 2002, de nombreux responsables de l’UDF se rallièrent à Jacques Chirac dès le premier tour au lieu de soutenir la candidature de François Bayrou.

BAYROU A-T-IL TUE L'UDF ?
Certains pensent que les ambitions personnelles de Bayrou ont tué l’UDF. D’autres pensent, au contraire, que les anciens amis de Bayrou sont coupables d’avoir déserté le parti pour sauver leur carrière d’élu. La réalité se trouve sans doute quelque part entre ces deux points de vue. En 2002, Jacques Chirac et Alain Juppé veulent rassembler la droite et le centre au sein d’un même parti: c’est la naissance de l’UMP. De nombreux centristes de l’UDF rejoignent l’UMP, mais François Bayrou refuse d’intégrer ce nouveau parti car il souhaite préserver l’indépendance du centre. En 2007, François Bayrou obtient 18% des suffrages au premier tour de la présidentielle mais provoque un tollé à l’UDF en refusant de soutenir Nicolas Sarkozy au second tour. Sarkozy remporte la présidentielle, et Bayrou se retrouve isolé. A l’occasion des législatives de 2007, François Bayrou annonce la fondation d’un nouveau parti, le MoDem (Mouvement Démocrate). La plupart de ses anciens compagnons lui tournent le dos et rejoignent la majorité présidentielle : Hervé Morin fonde alors le Nouveau Centre, petit club de parlementaires UDF ralliés à Nicolas Sarkozy. L’UDF tient son dernier congrès en novembre 2007, sous la présidence de François Bayrou: les instances de l’UDF sont alors intégrées à celles du MoDem. En définitive, Bayrou n’a pas réussi à faire de l’UDF le grand parti centriste « libre et indépendant » dont il rêvait: en s’éloignant de la droite et en affirmant l’autonomie du centre, il a heurté l’électorat traditionnel de sa famille politique et provoqué l’incompréhension de ceux qui ont toujours considéré l’UDF comme un parti de centre-droit, allié à la droite républicaine. La grande erreur de Bayrou a été de croire qu’il serait suivi par les cadres de l’UDF dans ses choix d’indépendance: or, de nombreux élus centristes ont préféré rejoindre l’UMP ou le Nouveau Centre pour ne pas perdre leur siège.

L’UDI : UNE NOUVELLE UDF ?
A bien des égards, le parti fondé en 2012 par Jean-Louis Borloo ressemble à l’ancienne UDF: l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants) est une confédération de partis de centre-droit, qui considèrent la droite comme un « allié naturel ». Le nom du parti n’a d’ailleurs pas été choisi au hasard car il fait clairement écho à celui de l’UDF. Sur le plan idéologique, le parti réunit différents courants du centre: des radicaux valoisiens, des démocrates-chrétiens et des libéraux. La plupart des responsables de l’UDI sont d’anciens membres de l’UDF, à l’image de Jean-Christophe Lagarde, élu président du parti à la fin de l’année 2014. Mais contrairement à l’UDF, l’UDI ne réunit pas l’ensemble des centristes. Pour que l’ancienne UDF ressuscite, il faudrait que les centristes du MoDem et de l’UMP rejoignent l’UDI, ce qui est, pour l’heure, hautement improbable. Les nostalgiques de l’UDF devront donc être patients car de toute évidence, le grand parti central, humaniste, européen et libéral qu’ils réclament ne verra pas le jour en 2015.

Publié le 9 février 2015par le Blog ami “

nathaliedelattreNATHALIE DELATTRE PRESIDENTE DE L'UDI GIRONDE

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Félicitations à Nathalie Delattre pour son élection à la tête de l'UDI Gironde.

En réalisant le score de 71.8%, notre amie Nathalie Delattre a déjà accompli, en partie, le premier travail: réaliser un large rassemblement autour de ses propositions. 

Cette victoire ne doit pas faire oublier les engagements promis pour faire écho aux souhaits des adhérents.

Le second travail consistera pour la Présidente à former une équipe unie et performante qui saura intégrer toutes les composantes de notre mouvement, valoriser les compétences, prendre ses distances avec les méthodes du passé si décriées par nos militants et faire une place importante aux jeunes et aux nouveaux adhérents.

Commencera alors le troisième travail, la construction d'une UDI Gironde forte et indépendante en mesure de fédérer tous les Centres pour apparaître comme une alternative politique crédible en Gironde.

Comme je l'écrivais dans un récent article sur mon blog, la défaite, aussi  amère soit-elle, ne doit pas être vécue comme une humiliation, c'est la règle normale de la démocratie. Il faudra un peu de temps à l'équipe concurrente pour "digérer" la défaite et faire une analyse objective d'un résultat sans appel.

Enfin comment ne pas terminer ce message par une pensée emprunte de reconnaissance à l'endroit de Philippe Meynard qui aura beaucoup œuvré à la naissance de cette aventure humaine au service de nos idées.

Ludovic Bousquet
contact@ludovic-bousquet.fr

DOUBSDOUBS - LEGISLATIVE PARTIELLE
LE CENTRE N'EST PAS LA DROITE

 

Le candidat de la droite a été battu dès le premier tour de l’élection législative partielle organisée dans la quatrième circonscription du Doubs, laissée vacante par Pierre Moscovici. Le second tour opposera donc le candidat du Parti Socialiste à celui du Front National.

Dès l’annonce des résultats du premier tour, l’UDI, bien qu’étant dans l’opposition, a explicitement appelé tous les électeurs de la circonscription à faire barrage à l’extrême droite en votant « pour le seul candidat républicain restant en lice ».

Au MoDem, François Bayrou a déclaré qu’il n’aurait « aucune hésitation à voter PS » face au Front National.

A l’UMP, en revanche, c’est la confusion: tandis que Bussereau, NKM et Juppé appellent à faire barrage au FN, la plupart des autres ténors du parti tergiversent, hésitent, s’interrogent. Profondément embarrassés par cette élection, les cadres de l’UMP sont incapables d’adopter une position claire et unanime. La plupart d’entre eux ne croient plus au « front républicain » et défendent la ligne du « ni-ni », c’est-à-dire ni PS ni FN. Certains considèrent même qu’il ne faut donner aucune consigne de vote.
Pourquoi une telle frilosité?
Parce que les responsables de l’UMP savent qu’une partie de leurs électeurs se reportera naturellement sur le candidat du FN. Et parce qu’en appelant à voter PS, l’UMP a peur de se discréditer, et de valider la thèse frontiste de « l’Etat UMPS ».

Dont acte. Les centristes, eux, ont préféré la défense de leurs convictions républicaines et humanistes à tout calcul politicien. Ils ont simplement considéré que les valeurs républicaines passaient avant tout le reste, et que la lutte contre l’extrême droite était plus importante que l’opposition droite/gauche.
Le centre n’est pas la droite.

Publié le 2 février 2015par le Blog ami “

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UMPL’ECLATEMENT DE L'UMP C'EST POUR QUAND ?

Entre le PS et le FN, entre un candidat républicain et une candidate d’extrême droite qui a déclaré qu’elle croyait à « l’inégalité des races », l’UMP a choisi de ne pas choisir: cela en dit long sur la crise que traverse le principal parti de la droite française. Durant l’entre-deux-tours de la législative partielle organisée dans le Doubs, l’UMP n’a mené aucune réflexion de fond sur le programme et les valeurs des deux candidats restés en lice: les ténors du parti n’ont parlé que de stratégie politicienne, comme si les idées n’avaient plus aucune espèce d’importance.

L’UMP est aujourd’hui un parti profondément fracturé sur le plan idéologique, et préfère éviter les débats de fond pour sauver son unité de façade. 

L’aile modérée, libérale, humaniste et européenne de l’UMP, que l’on pourrait qualifier de « centre droit », est incarnée par des personnalités comme Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-Pierre Raffarin ou Dominique Bussereau, qui ont appelé à faire barrage au Front National au deuxième tour de la législative partielle dans le Doubs. Le reste du parti réunit les tendances les plus dures, qui vont de la droite souverainiste d’Henri Guaino à la droite ultra-sécuritaire et ultra-conservatrice du courant « Droite Populaire » animé par Thierry Mariani et Lionnel Luca. Cette droite « décomplexée » considère qu’il ne faut pas faire barrage au FN. Quant à Nicolas Sarkozy, il voudrait incarner l’impossible synthèse entre les différents courants de l’UMP mais il a de plus en plus de mal à jouer son rôle de « rassembleur ». Les divisions idéologiques de l’UMP sont telles que le parti semble aujourd’hui au bord de l’implosion. D’ailleurs, le mouvement « Droite Populaire » a déjà pris ses distances avec la direction de l’UMP et s’est constitué en parti autonome.

Les fractures de l’UMP, comme celles du PS, laissent entrevoir ce fameux « axe central » que François Bayrou et de nombreux centristes aimeraient voir émerger en France, un axe allant de la gauche sociale-démocrate au centre-droit en passant par les centristes, et qui pourrait constituer le socle d’une majorité nouvelle, réformiste et pragmatique, dont le pays aurait tant besoin. Depuis 30 ans, les alternances à répétition et la guerre perpétuelle de la gauche contre la droite ont conduit la France au bord du gouffre: hélas, c’est à l’extrême droite, et à elle seule, que profite cette situation.

Publié le 6 février 2015par le Blog ami “

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