LES INTERVENTIONS EXTÉRIEURES FRANÇAISES

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La crise des migrants et les tragiques évènements du vendredi 13 novembre amène plusieurs commentateurs à critiquer vertement les interventions récentes des occidentaux au Proche-Orient, plus particulièrement l’intervention de 2003 en Irak et celle de 2011 en Libye, qui auraient semé le chaos.
Je voudrais donc aborder ici la politique française en la matière, au sujet de l’Irak, de la Libye et de la Syrie.

2003 – L’IRAK: UNE NON INTERVENTION.
Nous connaissons tous le refus français de s’associer et même d’approuver l’attaque américaine de 2003 contre l’Irak avec des alliés servant d’alibi. Le motif officiel, l’existence d’armes de destruction massive, était fallacieux et Colin POWELL, l’ancien Secrétaire d’Etat américain, l’a reconnu lui-même. Par ailleurs si Saddam  HUSSEIN avait mis en place un système dictatorial très brutal, il n’existait à l’époque aucun mouvement populaire d’ampleur contestant le régime, ni donc de guerre civile prévisible. En revanche cette invasion américaine a provoqué un chaos complet avec la création d’une guérilla sunnite anti-chiite, et anti-occidentale, qui s’est peu à peu transformée en la milice extrémiste de l’Etat Islamique.

Cette intervention de 2003 était totalement injustifiée et la position de la France était à approuver.

2011- LIBYE: UNE INTERVENTION INACHEVÉE.
Dans le cadre du printemps arabe, à la suite des événements tunisiens, une rébellion contre l’autocrate Mouammar KADHAFI a commencé à naître et pris de la l’ampleur dans le pays voisin, la Libye.

Face aux craintes d’une guerre civile totale et surtout à la menace d’expéditions sanguinaires contre les populations civiles, une intervention militaire, essentiellement française et britannique, avec un fort soutien américain, sous couvert de l’ONU, eut lieu entre mars et octobre 2011. La fin des opérations coïncida avec l’élimination physique de KADHAFI.

En juillet 2012 se tinrent des élections démocratiques, les premières en Libye. Malheureusement deux ans plus tard, les profonds désaccords entre les islamistes perdants des élections  de 2012 et les modérés s’exacerbèrent amenant la formation de deux gouvernements distincts, l’un siégeant à Tripoli, l’autre à Tobrouk, avec des affrontements parfois armés entre les deux camps, auquel il faut rajouter un contrôle de plus en plus faible sur les confins sahariens favorisant désormais l’implantation de « l’Etat Islamique ».

La situation à ce jour n’est guère réjouissante mais elle est sans commune mesure avec ce qui se déroule en Irak et en Syrie. Je n’ose imaginer ce qui se serait produit si une guerre civile avec massacres, guérillas, contre guérillas s’étaient développée dans ce pays dirigé par un KADHAFI aux abois.

KADHAFI avait sciemment choisi la voie du glaive et avait rejeté toutes les portes de sortie qui lui étaient offertes. Ses imprécations télévisuelles hallucinées contre les « rats » qu’il menaçait de poursuivre « zenga, zenga » (« rue par rue »), n’ont d’égal que celle de son fils Seif El-Islam, lequel promettait aux insurgés des « rivières de sang » (Ndrl JA).

Il peut être seulement regretté que l’intervention internationale a cessé brutalement en octobre 2011, sans accompagnement ultérieur.
Il est vrai que les français et les britanniques ne pouvaient plus, seuls, assumer cet engagement militaire.
Notons que l’ONU a pris le relais aujourd’hui en désignant un émissaire pour faciliter la mise en place d’un gouvernement d’union nationale.

2013 – SYRIE: UNE INTERVENTION EMPÊCHÉE.
Toujours dans le cadre du printemps arabe, est né en Syrie, contre ASSAD et son clan, un mouvement de contestation, qui s’est transformé en rébellion, puis en rébellion radicale impliquant le front Al-Nosra (branche d’Al-Qaïda) et l’état islamique.

Dès le départ, la France manifeste des velléités d’intervention, mais elles sont freinées tant pour des raisons matérielles (interventions concomitantes en Libye, difficultés financières) que politiques et diplomatiques (ASSAD est soutenu par la Russie et l’Iran).

En août 2013, sous prétexte d’une utilisation d’armes chimiques par ASSAD, la France est prête à intervenir mais elle lâchée l’avant-veille par les britanniques et la veille par OBAMA.

2015 – LES RESULTATS
La guerre civile prospère, l’état islamique, déjà créé en Irak, se développe, Al-Qaida s’implante, des centaines de milliers de morts, des millions de réfugiés, des dizaines de milliers de migrants…et maintenant une intervention russe de plus en plus visible mais aussi, sur la pointe des pieds, des occidentaux accentuée depuis le 13 novembre.

Il ne s’agit là que de quelques rappels qui démontrent cependant :
− que la France n’a pas à rougir de ses prises de position,
− que les autres pays européens, à l’exception des britanniques, sont inexistants,
− que sans appuis extérieurs, en particulier celui des Etats-Unis, la France est impuissante.

Enfin je ne suis pas dupe que toute intervention ou non intervention est également sous tendue par la défense d’intérêts diplomatiques, politiques, financiers ou autres.

Ces réflexions avaient été couchées sur le papier avant les derniers attentats. Mais ceux-ci, loin de les invalider, confirment d’une part que l’intervention américaine en Irak de 2003 a été et demeure une véritable catastrophe, que d’autre part la frilosité initiale envers ASSAD a permis le développement d’une guérilla radicale extrémiste.

Ludovic BOUSQUET
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