Drapeau bruléTROIS SEMAINES APRES

Trois semaines ont passé depuis l’équipée tragique et sanglante des frères Kouachi et d’Amédy Coulibaly. L’unité nationale commence à se fissurer, chacun revient à ses vieilles habitudes. Le Gouvernement essaie de trouver des solutions pour empêcher la survenance de tels évènements.

Je ne parlerai pas ici de l’aspect international, pourtant essentiel :
développement mondial de l’islamisme, déstabilisation de plusieurs Etats arabes, ressentiment à l’égard de l’Occident sur fond de conflit israléo-paslestinien…
Mais les frères Kouachi et Coulibaly étaient français et nés en France, tout comme Mohamed Merah. Les profils de ces quatre terroristes assassins sont presque identiques : Parents d’origine africaine ou nord-africaine, enfance et adolescence dans les « quartiers », échec scolaire, délinquance précoce et violente (moins prononcée pour les frères Kouachi), adhésion à un islamisme radical et à un antisémitisme obsessionnel. C’est pourquoi deux axes de lutte sont indispensables : lutter en aval, lutter en amont.

Lutter en aval : il s’agit de toutes les mesures policières, de renseignement, et judicaires. Une loi renforçant la lutte anti-terroriste a été votée en novembre dernier. En réalité la France possède à ce jour un arsenal législatif à peu près complet. Il me semble, et c’est l’avis du Gouvernement, qu’un Patriot Act à la française serait assez inutile. Il convient surtout d’appliquer les lois en vigueur et de mettre les moyens nécessaires. Cependant un point est passé assez inaperçu ces dernières années : il s’agit du démantèlement des Renseignements Généraux (RG) par Nicolas Sarkozy suite à la fusion entre ceux-ci et la DST (Direction de la Surveillance du Territoire c’est-à-dire le contre-espionnage) pour créer la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) aujourd’hui Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI). En réalité nous avons assisté à une absorption pure et simple des RG  par la DST. Le premier directeur de la DGSI était d’ailleurs le directeur de la DST. Une quantité importante de travail de terrain, de collecte de renseignements, d’infiltration, effectuée auparavant par les RG, a été abandonnée. Le Gouvernement devra se pencher impérativement, si ce n‘est déjà fait, sur ce problème. Cela peut paraître très technique mais ô combien important !!

Lutter en amont, en d’autres termes empêcher que des jeunes se réfugient dans le fanatisme religieux, puis pour certains, terroriste. D’aucuns se précipiteront sur des solutions de type économique : les terroristes sont issus de quartiers défavorisés et laissés à l’abandon. Aidons ces quartiers et cela ira mieux. Ceci est indéniable mais s’en tenir à un tel discours est notoirement insuffisant car cela ne tient pas compte de la spécificité du problème : l’absence totale de vouloir vivre ensemble, mieux même l’absence totale du sentiment d’appartenance à une communauté nationale. Insister sur les valeurs de la République, l’importance de la laïcité, la tolérance, est essentiel. Mais je pense que cela ne suffit pas. D’ailleurs, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, les enseignants portent haut et fort ce message. Mais ils se heurtent à un public qui ne veut pas entendre parce qu’il ne se sent pas concerné et mué par un réflexe communautariste, il rejette l’autorité du corps enseignant.

La laïcité, les droits de l’homme sont des valeurs rationnelles à vocation universelle qui permettent le vivre ensemble, et que nous devons défendre coûte que coûte. Mais le sentiment d’appartenance à une communauté de destin fait également appel à un sentiment affectif que ne saurait suppléer l’incantation permanente de la « République » et des valeurs qu’elle porte. Tout au long de notre histoire, catholiques, protestants, révolutionnaires, émigrés, bonapartistes, républicains, gaullistes, communistes, démocrates-chrétiens, et bien d’autres encore, n’ont pas partagé les mêmes idées, se sont combattus, voire même entretués, mais tous se sentaient appartenir à une communauté nationale. Tel n’était pas le cas des frères Kouachi et de Coulibaly.

C’est pourquoi il me parait essentiel, comme certains le proposent, de ressusciter un service national, de quelques mois, pour garçons et filles, qui pourrait prendre une forme civile, et militaire pour ceux qui le souhaitent.

Les programmes d’histoire sont aussi à revoir dans un sens de recentrage sur l’histoire nationale et européenne, en expliquant l’apport des cultures extérieures. Il faut que les jeunes d’aujourd’hui, qu’ils s’appellent Durand, Dupont, Kouachi, Coulibaly deviennent des citoyens, mais des citoyens français et européens fiers de leur appartenance. Sinon ne subsisteront que des déracinés, et beaucoup des premiers se tourneront vers les voies sans issue de l’extrême droite et de ses clones, et de plus en plus des seconds regarderont vers un islamisme leur proposant un sens à leur vie.

Ludovic BOUSQUET
contact@ludovic-bousquet.fr

CARTOGRAPHIE POLITIQUE DE LA DIASPORA CENTRISTE

Le récent rapprochement du Modem et de l’UDI ne doit pas faire oublier l’extrême dispersion de la famille centriste. La fondation du « Front Démocrate » par l’ex-Modem Jean-Luc Bennahmias en septembre 2014 nous rappelle à quel point l’unité du centre est difficile à réaliser. Quels sont les partis qui occupent l’espace politique du centre dans la France de 2014 ? Voici un rapide aperçu de la « diaspora centriste » à l’attention de celles et ceux qui ont un peu de mal à s’y retrouver.

A

L’UDI, PRINCIPALE FORMATION CENTRISTE EN FRANCE
udiAvec 30 députés 43 sénateurs et près de 50.000 adhérents, l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants) constitue indiscutablement la première formation centriste du pays. Elle jouit également d’une bonne implantation dans les collectivités locales (près de 300 maires UDI ont été élus ou réélus en 2014, dont ceux de Neuilly, Bobigny, Amiens, Valenciennes et Montélimar). Comme l’ancienne UDF, l’UDI n’est pas un parti unitaire mais une confédération de partis : elle a été fondée en 2012 par Jean-Louis Borloo dans le but de rassembler les partis de centre-droit qui souhaitaient rester indépendants de l’UMP. Les deux principales composantes de l’UDI sont le Nouveau Centre (présidé par Hervé Morin) et le Parti Radical dit « valoisien » (présidé par Laurent Hénart depuis le retrait de Jean-Louis Borloo pour raisons de santé). D’autres petits partis sont membres de l’UDI : l’Alliance Centriste (fondée par le sénateur Jean Arthuis), FED (Force Européenne Démocrate, petit parti fédéraliste fondé par Jean-Christophe Lagarde et Michel Mercier), Gauche Moderne (parti présidé par l’ancien socialiste Jean-Marie Bockel), Territoires en Mouvement (parti fondé par le député Jean-Christophe Fromantin), le Parti Libéral Démocrate (fondé par Aurélien Véron) ainsi que plusieurs petites formations écologistes comme France Ecologie et Nouvelle Ecologie Démocrate. Le mouvement Alternative Libérale, qui était initialement un parti politique indépendant, a choisi de s’associer au Nouveau Centre. L’association GayLib, qui lutte contre l’homophobie et milite pour l’extension des droits des homosexuels, a quitté l’UMP pour rejoindre l’UDI.

A
LE MODEM DE FRANÇOIS BAYROU
Même s’il ne dispose que de deux députés à l’Assemblée Nationale, le Modem (Mouvement Démocrate) reste l’une des principales formations centristes en France grâce à la popularité de son président-fondateur François Bayrou et à son réseau d’élus locaux et européens. Le parti, qui revendique aujourd’hui 35.000 adhérents, se singularise par sa volonté de rénover en profondeur la vie politique française : en créant le Modem sur les ruines de l’UDF en 2007, Français Bayrou voulait en effet bâtir un grand parti « central » qui jouerait le rôle de passerelle entre la gauche et la droite, et qui pourrait devenir le pivot de nouvelles majorités réunissant des réformateurs venus de la gauche, de la droite et du centre. Mais le Modem est en crise perpétuelle depuis sa fondation, car le refus de toute alliance avec le PS et l’UMP a condamné le parti à l’isolement. De plus, le Modem reste dominé de façon écrasante par la figure de François Bayrou et n’a pas réussi à séduire d’autres leaders centristes, de même qu’il s’est montré incapable d’empêcher le départ des quelques personnalités qu’il avait attirées à ses débuts, notamment d’anciens ministres comme Corinne Lepage ou Azouz Begag. Par ailleurs, l’alliance conclue avec l’UDI et l’UMP pour les municipales a suscité de profonds mécontentements dans l’aile gauche du Modem : l’écologiste Jean-Luc Bennahmias, qui incarnait cette aile gauche, vient justement de claquer la porte.
A
LES CENTRISTES DE L'UMP
lamassoureA sa création en 2002, l’UMP avait pour ambition de rassembler tous les courants de la droite et du centre au sein d’un même parti. Que reste-t-il aujourd’hui du courant centriste de l’UMP ? A vrai dire, pas grand-chose. Critiquant la « droitisation » du parti, de nombreux élus centristes de l’UMP ont quitté le navire pour rejoindre l’UDI. Jean Leonetti, Alain Lamassoure et Marc-Philippe Daubresse font partie des derniers parlementaires centristes de l’UMP : ils appartiennent au courant « France moderne et humaniste », le plus europhile de l’UMP. Il existe cependant au sein de l’UMP d’autres mouvements proches du centre. Le mouvement « Ecologie Bleue », fondé par Patrice Hernu, prétend incarner le « pôle écologique de l’UMP » et milite pour une écologie « réaliste et humaniste ». Le mouvement « Les Progressistes », lancé en 2007 par l’ancien socialiste Éric Besson pour soutenir la campagne de Nicolas Sarkozy, milite pour une UMP « ouverte vers le centre et les sociaux-démocrates ». Le PCD (Parti Chrétien-Démocrate) de Christine Boutin, associé à l’UMP, représente quant à lui le courant des chrétiens-sociaux : ce parti se réclame de la démocratie chrétienne mais rejette le fédéralisme européen et défend une vision très conservatrice de la famille et de la société.
A
LES PETITS PARTIS INDEPENDANTS
En dehors du Modem, de l’UDI et de l’UMP, il existe une nébuleuse de petits partis indépendants qui ne se définissent pas eux-mêmes comme centristes mais qui prétendent dépasser le clivage droite-gauche en réunissant des militants de sensibilités différentes autour de thématiques transpartisanes. C’est le cas de plusieurs partis écologistes indépendants comme Cap 21 (fondé par l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage), Génération Ecologie, le Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI) d’Antoine Waechter, le mouvement « La France En Action » ou encore le Front Démocrate (parti écologiste de centre-gauche fondé en septembre 2014 par l’ex-Modem Jean-Luc Bennahmias). Le Parti Fédéraliste, qui milite pour une Europe fédérale, n’est pas à proprement parler un parti centriste mais soutient généralement les candidats du centre aux élections locales et nationales
A

LES RADICAUX DE GAUCHE (des centristes?)
logo-prg1
Le Parti Radical de Gauche est-il un parti centriste ? A priori non, car un mouvement qui revendique son ancrage à gauche ne saurait être qualifié de centriste. Pourtant, sur l’aile droite du PRG, on trouve des hommes dont les positions économiques et sociales sont relativement proches de celles de leurs « cousins » centristes du Parti Radical valoisien. On peut penser par exemple au président du PRG Jean-Michel Baylet. Quoi qu’il en soit, le PRG refuse d’être assimilé au centre : il affirme explicitement son appartenance à la gauche républicaine et reste depuis 40 ans le plus fidèle allié du Parti Socialiste.

A
DES CENTRISTES AU PS !
Collomb
Les quelques socialistes qui ont, jadis, plaidé pour une alliance avec le centre et pour une réorientation « sociale-libérale » du PS ont presque tous fait sécession : c’est le cas de Jean-Marie Bockel, qui a fondé en 2007 le mouvement Gauche Moderne, aujourd’hui membre de l’UDI. Il n’en reste pas moins vrai que, sur le plan idéologique, l’aile droite du PS est assez proche du centre. Cette aile droite est incarnée aujourd’hui par des sociaux-démocrates et des sociaux-libéraux comme Emmanuel Macron, Manuel Valls, Gérard Collomb (sénateur et maire de Lyon) ou encore Pascal Lamy, qui prônent une politique de l’offre (simplification du droit du travail, baisse des impôts et des charges patronales, etc.). Mais ces « socialistes de l’offre » ne se considèrent pas comme centristes et revendiquent leur appartenance à la gauche et à la famille socialiste.

A
LES CENTRISTES AU PARLEMENT EUROPEEN-LE PDE
pde
Le PDE (Parti Démocrate Européen), présidé par François Bayrou et par le centriste italien Francesco Rutelli, réunit 10 partis centristes européens, dont l’UDI et le Modem. Le PDE défend le fédéralisme européen et milite pour une démocratisation des institutions de l’UE. Il met également l’accent sur l’éducation, la défense des services publics et la protection sociale, et plaide pour l’émergence d’un "modèle social européen". Au Parlement européen, les députés du PDE font partie du groupe ADLE (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe), qui constitue actuellement le 4e groupe le plus important de cette assemblée.

Publié le  par le Blog ami ""

Aller à la barre d’outils