congres_villepinte_bayrouL'UDF, LE PARADIS PERDU DES CENTRISTES ?

L’UDF (Union pour la Démocratie Française) a joué un rôle de premier plan dans la vie politique hexagonale pendant une vingtaine d’années, de 1978 (date de sa création) à la fin des années 90.

Aujourd’hui, beaucoup de centristes nostalgiques de l’UDF regardent cette période comme une sorte d’âge d’or. Il faut en effet rappeler que dans les années 80, l’UDF était la troisième force politique du pays derrière le RPR et le Parti Socialiste. En 1993, l’UDF comptait 215 députés (soit 37% des sièges). Et de 1992 à 1998, le Sénat fut présidé par une personnalité de l’UDF: René Monory. L’UDF fut également un grand pourvoyeur d’élus locaux, de ministres et de secrétaires d’Etat; de 1988 à 1991, elle a même fourni quelques « ministres d’ouverture » aux gouvernements socialistes, comme Jean-Pierre Soisson, qui fut Ministre du Travail dans le gouvernement Rocard. Pourtant, l’UDF n’était pas cet « eldorado centriste » que l’on imagine parfois.

PARTI CENTRISTE OU AUBERGE ESPAGNOLE ?
A l’origine, l’UDF n’avait pas vocation à devenir un parti centriste. Lorsque Michel Poniatowski fonda l’UDF en 1978, il voulait réunir au sein d’une même confédération toutes les forces politiques du centre et de la droite non gaulliste pour soutenir l’action du président Valéry Giscard d’Estaing. L’ambition des fondateurs de l’UDF était de créer un grand parti de centre-droit, moderne, libéral et pro-européen, à la fois partenaire et concurrent du RPR. Dans les faits, l’UDF était une sorte d’auberge espagnole où cohabitaient des traditions politiques différentes: les radicaux valoisiens, les sociaux-démocrates du MDS, les démocrates-chrétiens du CDS, et les libéraux du Parti Républicain. L’UDF n’était donc pas un parti unifié: il s’agissait plutôt d’un cartel politique dont chaque parti-membre conservait ses structures et son identité. Dans les années 80, le Parti Républicain se convertit aux thèses néolibérales sous l’impulsion d’une nouvelle génération de responsables politiques fascinés par la « révolution conservatrice » de Reagan et Thatcher: c’était l’époque de François Léotard, Alain Madelin et Gérard Longuet, ceux que l’on appelait alors la « bande à Léo ». La « droitisation » du Parti Républicain remit en question la cohérence idéologique de la confédération et créa des tensions que Valéry Giscard d’Estaing, élu président de l’UDF en 1988, eut beaucoup de mal à juguler.

LA NOUVELLE UDF DE BAYROU
Dans les années 90, plusieurs élections divisèrent profondément l’UDF. Lors de la présidentielle de 1995, une partie de l’UDF décida de soutenir la candidature d’Edouard Balladur tandis que l’autre partie soutenait celle de Jacques Chirac. Les régionales de 1998 firent littéralement éclater le parti: en effet, François Bayrou condamna fermement les alliances avec le Front National, s’opposant ainsi à Alain Madelin et au Parti Républicain. La ligne défendue par Bayrou l’emporta: le Parti Républicain de Madelin décida donc de quitter l’UDF pour devenir un parti indépendant rebaptisé « Démocratie Libérale ». Après le départ du Parti Républicain, François Bayrou fut élu président de l’UDF. Il tenta de refonder l’UDF pour en faire un parti unifié, dont l’identité serait désormais clairement celle d’un parti centriste: c’est la « Nouvelle UDF ». L’ambition de Bayrou était alors de constituer un pôle centriste totalement indépendant de la droite, mais certains membres de l’UDF, comme les radicaux valoisiens, contestèrent cette ligne politique et prirent leur distance avec le nouveau président du parti. A l’élection présidentielle de 2002, de nombreux responsables de l’UDF se rallièrent à Jacques Chirac dès le premier tour au lieu de soutenir la candidature de François Bayrou.

BAYROU A-T-IL TUE L'UDF ?
Certains pensent que les ambitions personnelles de Bayrou ont tué l’UDF. D’autres pensent, au contraire, que les anciens amis de Bayrou sont coupables d’avoir déserté le parti pour sauver leur carrière d’élu. La réalité se trouve sans doute quelque part entre ces deux points de vue. En 2002, Jacques Chirac et Alain Juppé veulent rassembler la droite et le centre au sein d’un même parti: c’est la naissance de l’UMP. De nombreux centristes de l’UDF rejoignent l’UMP, mais François Bayrou refuse d’intégrer ce nouveau parti car il souhaite préserver l’indépendance du centre. En 2007, François Bayrou obtient 18% des suffrages au premier tour de la présidentielle mais provoque un tollé à l’UDF en refusant de soutenir Nicolas Sarkozy au second tour. Sarkozy remporte la présidentielle, et Bayrou se retrouve isolé. A l’occasion des législatives de 2007, François Bayrou annonce la fondation d’un nouveau parti, le MoDem (Mouvement Démocrate). La plupart de ses anciens compagnons lui tournent le dos et rejoignent la majorité présidentielle : Hervé Morin fonde alors le Nouveau Centre, petit club de parlementaires UDF ralliés à Nicolas Sarkozy. L’UDF tient son dernier congrès en novembre 2007, sous la présidence de François Bayrou: les instances de l’UDF sont alors intégrées à celles du MoDem. En définitive, Bayrou n’a pas réussi à faire de l’UDF le grand parti centriste « libre et indépendant » dont il rêvait: en s’éloignant de la droite et en affirmant l’autonomie du centre, il a heurté l’électorat traditionnel de sa famille politique et provoqué l’incompréhension de ceux qui ont toujours considéré l’UDF comme un parti de centre-droit, allié à la droite républicaine. La grande erreur de Bayrou a été de croire qu’il serait suivi par les cadres de l’UDF dans ses choix d’indépendance: or, de nombreux élus centristes ont préféré rejoindre l’UMP ou le Nouveau Centre pour ne pas perdre leur siège.

L’UDI : UNE NOUVELLE UDF ?
A bien des égards, le parti fondé en 2012 par Jean-Louis Borloo ressemble à l’ancienne UDF: l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants) est une confédération de partis de centre-droit, qui considèrent la droite comme un « allié naturel ». Le nom du parti n’a d’ailleurs pas été choisi au hasard car il fait clairement écho à celui de l’UDF. Sur le plan idéologique, le parti réunit différents courants du centre: des radicaux valoisiens, des démocrates-chrétiens et des libéraux. La plupart des responsables de l’UDI sont d’anciens membres de l’UDF, à l’image de Jean-Christophe Lagarde, élu président du parti à la fin de l’année 2014. Mais contrairement à l’UDF, l’UDI ne réunit pas l’ensemble des centristes. Pour que l’ancienne UDF ressuscite, il faudrait que les centristes du MoDem et de l’UMP rejoignent l’UDI, ce qui est, pour l’heure, hautement improbable. Les nostalgiques de l’UDF devront donc être patients car de toute évidence, le grand parti central, humaniste, européen et libéral qu’ils réclament ne verra pas le jour en 2015.

Publié le 9 février 2015par le Blog ami “

1 réponse

  1. L’union, le rassemblement de tous les centristes : hautement improbable selon l’article mais tellement nécessaire…

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